Rachid Nekkaz : candidat de l’immigration pour la présidentielle algérienne

Je suis grande maintenant ! « Je sais lacer mes chaussures et compter deux par deux » , dixit la voix off du dessin animé « Franklin » , la petite tortue que j’aimais regarder petite devant TF1. Pardonnez mon manque de patriotisme, mais les dessins animés en arabe avaient des voix si fluettes et rapides que j’en faisais des cauchemars.

Revenons-en à ma « grandeur », j’ai reçu dernièrement un courrier du consulat algérien de Montpellier m’invitant à aller m’inscrire aux listes électorales. Je vais donc pouvoir décider pour mon pays , donner ma voix , exercer mon devoir de citoyenne…  enfin , je crois. C’est du moins ce que m’ont appris les livres d’éducation civique. Mais pour le moment,  je cache ma joie, car en tant qu’électrice potentielle, je suis une sorte de public cible auquel une entreprise présente son nouveau produit phare. Le problème, c’est que l’étal n’est pas très attirant. On me demande d’aller m’inscrire, alors que la liste de candidats est encore inconnue. On est persuadé que Abdelaziz Bouteflika se présentera pour un 4e mandat, mais rien d’officiel. On spécule sur l’éventuelle candidature de son frère Said (dans le cas échéant, ceci serait une bonne plaisanterie), j’ai imaginé la situation présente : les deux frères Bouteflika se présentent, puis se confrontent au deuxième tour. Oui, j’ai beaucoup d’imagination, mais comment ne pas en avoir dans un pays comme le mien ! .

Parmi les autres candidats potentiels, on trouve aussi Ali Benflis (ancien chef du gouvernement) qui devrait annoncer sa candidature à la fin de l’année, ou encore Ahmed Benbitour qui lui, ne s’en cache plus depuis décembre 2012. Mais le candidat qui a le plus attiré mon attention est Rachid Nekkaz, un homme aussi intriguant que sa volonté d’être président.

A entendre son nom, ceux de l’ancienne génération diront « Chkoun hada ? » (C’est qui lui ?) tandis que les plus jeunes répondront « Wled zmagra » (Un fils d’immigrés).

Il est un peu dommage de réduire l’histoire de Rachid Nekkaz au simple statut de « rebeu » fils d’immigré, mais c’est un peu l’histoire de sa vie. Alors, c’est en électrice potentielle que je suis allée assouvir ma curiosité en explorant le site de soutien à la présidence de Rachid Nekkaz. Et croyez-moi,  j’en ai eu pour mon argent !

Pour commencer, il faut un slogan percutant et attrayant pour définir ce qui démarque le candidat de ses rivaux. Nekkaz se décrit comme le candidat de la Jeunesse et du Changement. Deux mots forts, notamment la jeunesse qui est un point prioritaire dans le développement du pays, surtout quand on sait qu’elle constitue 70 % de la population.

Mais en retournant sur le site quelques jours plus tard, je peux lire en gros caractères « C’est officiel , Rachid Nekkaz n’est plus français ». Scoop de l’année ! L’auteur rajoute « Il a VOLONTAIREMENT abandonné sa nationalité française ». Deux questions me viennent à l’esprit. Pourquoi se justifier de ne plus être français ? Pourquoi s’en vanter comme s’il avait choisi de se couper une jambe ?

J’ai trouvé ma réponse sur le site d’Algérie Focus, en pensant que cela serait-ce une démarche symbolique à l’encontre de la France ? Pas le moins du monde .Tout simplement, l’article 73 de la Constitution algérienne exige du candidat qu’il dispose « uniquement » de la nationalité algérienne d’origine. Par conséquent, qu’il soit en bon ou mauvais terme avec la France importe peu, car pour prétendre à exercer la fonction exécutive en Algérie, il faut être lavé de toutes origines étrangères.

En continuant ma petite visite,  j’ai pu noter des termes qui semblent le définir de manière fidèle et objective : « responsable associatif  » , « défenseur des libertés », ou encore « défenseur de la liberté de religion ». Ces titres ont de quoi faire exploser les chevilles de Rachid Nekkaz et sont illustrés par de nombreuses actions publiques menées par le Robin des Bois des banlieues. Créateur de nombreuses associations dans les quartiers défavorisés, gréviste de la faim en marque de soutien à l’avocat algérien Karim Achoui. D’ailleurs, la facture de cette grève est salée : équivalente à    50 000 euros payés par Nekkaz pour faire libérer l’avocat.

Il est notamment connu en France comme celui qui entretient les porteuses de Niqab en payant leurs amendes. Pas moins de 1000 femmes ont pu bénéficier de cette aide. Le montant total ? Un million d’euros. Sur le coup, je me suis dit « fiha el louche !  » (Cette histoire est louche), sûrement due à un certain reflex vis-à-vis des fortunes mystérieuses.En Algérie, on apprend le mot « corruption » avant « démocratie ».  En réalité , tout cet argent provient de la vente de sa start-up en 1998 et son entrée dans l’immobilier … un secteur fructueux quand on est à Paris.

Impossible de le nier, Rachid Nekkaz est un citoyen français exemplaire  très engagé dans la politique et sur la scène publique. Cherchant constamment à faire refléter le modèle d’intégration à la française en défendant les banlieues, il s’est successivement présenté aux élections présidentielle et législatives de 2007, puis aux municipales de 2008. Il aura finalement décidé de se rabattre sur le pays de ses parents : l’Algérie.

Mais alors, pourquoi passer du coq à l’âne ? (sans mauvais jeu de mots)

Comment ne pas penser que l’Algérie est une roue de secours ou un bouche-trou à ses ambitions présidentielles?

Un parcours digne d’un récit épique dans lequel la modestie devient richesse et grandeur. Un engagement fort dans un pays où les caractéristiques politiques et sociétales sont radicalement différentes de celles de l’Algérie. Rachid Nekkaz a de quoi faire rêver .

Mais au fait, il a fait quoi en Algérie ?

The following two tabs change content below.
Bloggeuse algérienne et étudiante en technologies de l'information et communication à Montpellier. Mordue d'écriture et d'humour , j'essaie toujours de mêler ces deux aspects en gardant un point de vue lucide sur les choses.Passionnée par le monde arabe et ses mouvements perpétuels , gourmande d'infographies en tous genres et accro de shopping à mes heures perdues.

2 réflexions au sujet de « Rachid Nekkaz : candidat de l’immigration pour la présidentielle algérienne »

  1. Deux hypothèses me semblent envisageables:
    1- Monsieur est candidat d’une aile des Généraux. Fort de ça, il a pu renier sa francité pour être éligible. Les militaires avaient importé Bouteflika pour le mettre là où il est.
    2- Si l’hypothèse 1 est fausse, alors là il ne s’est pas coupé une jambe, mais les deux à la fois, et peut être autre chose avec.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *