Cher journaliste, je ne vous salue pas !

migrants

Si vous ne le savez pas encore, mon dernier article portait sur le racisme anti-noir en Algérie, si vous le savez, alors tant mieux pour vous ! Et pour ceux qui ne le savaient pas, vous auriez dû car ceux qui le savent penseront que cet article tourne un peu à l’obsession puisque j’en remets une couche.

Mes excuses pour cette introduction plagiée sur Stéphane De Groodt, qui , vous devriez le savoir, est un excellent poète des temps nouveaux. Le fait est, que mes capacités rédactionnelles viennent d’être mises à mal , ou a néant (c’est comme vous voulez) après la lecture d’un article, des plus bluffants.

L’article en question date du 21 Août dernier , rédigé par un certain *** dont je ne citerai pas le nom comme ça vous lirez l’article avant. Étonnant par son contenu, autant que le journal sur lequel il le publie, l’auteur exprime clairement sa crainte voire son dégoût, envers l’ensemble des migrants et réfugiés présents dans le pays. En cachant à peine sa xénophobie, il argumente ses propos par les raisons douteuses de ces migrations ou encore la propagation du virus Ebola , pour enfin conclure sur la problématique suivante « L’Algérie a-t-elle vocation à accueillir toute la misère du monde? » .

Pour bien comprendre mon étonnement, la presse algérienne se divise en 2 catégories : les journaux pro-gouvernement, à l’image d’El Moudjahid , qui , au vu de sa Une vous donne l’impression que l’Algérie, c’est Monaco ! Ensuite , il y a les journaux dits « libres » à l’image du Quotidien d’Oran, où les journalistes se permettent de taquiner un peu les gouvernementaux. Une petite blague algérienne pour illustrer cette distinction.

        « Un homme achète un kilo de sardines chez le poissonnier,qui les lui emballe dans une feuille du journal « El Watan », l’homme rentre chez lui , en tenant le           paquet , puis s’empresse de les faire frire puis de les déguster .

 

Le lendemain,le même homme achète un kilo de sardines chez le poissonnier qui les lui emballe dans une feuille du journal « Le quotidien d’Oran », l’homme rentre chez lui et demande à sa femme de les lui griller (oui, il ne va tout de même pas cuisiner tous les jours ! ) avant de les manger.

 

Le surlendemain,il achète son kilo quotidien de sardines chez son poissonnier  qui les lui emballe dans une feuille du journal « El Moudjahid ». Sur le chemin, le paquet se déchire et les sardines tombent par terre. Fou de rage,l’homme s’exaspère « Ah ! en plus d’être un torchon , ce journal n’est même pas foutu de porter des sardines !  »

 

La conclusion ici, hormis le fait que le monsieur aime beaucoup les sardines, montre bien la qualité de certains journaux algériens. Avec cet article du Quotidien d’Oran, les sardines n’auraient pas fait long feu !

Alors,cher journaliste, je ne vous salue pas ! Et je vous conseille vivement de remettre votre diplôme dans le Kinder Surprise où vous l’avez trouvé.Je vous ferai quand même l’honneur d’étayer mon billet avec vos meilleures citations , que je mettrai même en gras. C’est cadeau !

« Des réfugiés supplémentaires risquent de nous tomber dessus et nous asphyxier de toutes parts […] de s’éparpiller dans le pays profond de l’Algérie, « Mecque des révolutionnaires et légendaire terre d’asile ».

Voilà un bien beau portrait qu’il dresse de notre pays. « Mecque des révolutionnaires et légendaire terre d’asile ! » . L’Algérie, bras grands ouverts, sur laquelle s’abat une pluie de réfugiés toxiques ! Au cas où son horloge biologique se serait arrêtée aux années 60, l’Algérie n’est plus « La Mecque » qui a vu Nelson Mandela y effectuer sa formation militaire. Car, aujourd’hui, l’Algérie n’est autre qu’un sanctuaire clos abritant un grabataire sur quatre roues entouré de ses larbins qui se délectent de sa sénilité. Cette même Mecque qui, par son caractère religieux a été le foyer d’une multitude de terroristes durant la décennie noire. Preuve que le mal ne vient pas forcément de l’extérieur !

« Il y a aussi la mauvaise gouvernance et la corruption, sévissant, notamment, en Afrique et dans le monde arabe qui sont à ajouter à ce constat ; et dans tout cela, l’Algérie, riche et puissance régionale, dit-on, est concernée au regard de ce qui se déroule à ses frontières. » 

L’Algérie riche, oui, mais seulement pour quelques uns! Puissance régionale, également, mais qui s’effondrera à la dernière goutte de pétrole qui sortira de nos sols. Cette Algérie si pure et innocente, qui voit entrer la corruption par ses frontières. Or, on le sait bien, celle-ci se développe tout aussi bien à l’intérieur du pays sans aucune influence extérieure.

« Après avoir accueilli des centaines de familles syriennes, solidarité arabe oblige, voilà que notre pays est assailli par des contingents d’africains, nigériens et maliens majoritairement, qui ont élu domicile dans les rues d’Alger et dans le pays profond. « 

Sans franchir la frontière du racisme, la juxtaposition des mots est assez flagrante. Entre l’accueil et la solidarité arabe qu’offre l’Algérie aux réfugiés syriens, s’opposent les contingents d’Africains qui arrivent tels des assaillants. Vous l’aurez compris, solidarité arabe, oui.Solidarité africaine, pas trop.

« Les hommes égrènent, en silence, un chapelet qu’ils arborent, ostentatoirement, manière de dire «on est musulmans,il faut nous aider ! »

Quand un Algérien arbore un chapelet,on dit qu’il est pieux. Lorsque c’est un réfugié qui le tient, c’est forcément un mendiant! Cette méfiance de l’auteur démontre à merveille la décadence de la solidarité musulmane. A croire que l’identité musulmane, en Algérie, ne se fait voir que lorsqu’il faut condamner le port des maillots féminins à la plage ou  manifester contre la réouverture des synagogues !

 

Il serait compliqué de critiquer chaque propos de cet article mais l’auteur a raison sur deux de ses inquiétudes. La première, qui n’est autre que la migration de terroristes venus de la frontière libyenne qui pourront à moyen ou long terme, mettre à mal notre politique de sécurité. La deuxième qui est l’indifférence du gouvernement face à ce phénomène de flux humains. Malheureusement, ce gouvernement nous a bien prouvé qu’il n’y a pas grand chose à attendre de lui, même pour des problèmes foncièrement internes au pays : la crise à Ghardaia, la gestion sécuritaire des stades après la mort d’Ebossé…

« L’Algérie a-t-elle vocation à accueillir toute la misère du monde?  » en sachant qu’une bonne partie de sa propre misère est déjà prise en charge en Occident. Toujours est-il que le poids de cette misère du monde, ne pèsera qu’à une infime proportion sur cette Algérie, qui subit déjà le poids de sa propre misère politique, sociale , intellectuelle et culturelle.

Alors, avant que vous ne finissiez asphyxié par les contingents africains, allez prendre l’air auprès de Mr Le Pen qui adhérera pleinement à vos idées; à moins que Monseigneur Ebola n’ait pris possession de votre corps, perdu dans cette « déferlante » de migrants et de réfugiés!

 

 

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Bloggeuse algérienne et étudiante en technologies de l'information et communication à Montpellier. Mordue d'écriture et d'humour , j'essaie toujours de mêler ces deux aspects en gardant un point de vue lucide sur les choses.Passionnée par le monde arabe et ses mouvements perpétuels , gourmande d'infographies en tous genres et accro de shopping à mes heures perdues.

13 réflexions au sujet de « Cher journaliste, je ne vous salue pas ! »

  1. Ah ah, j’ai lu l’article du quotidien d’Oran, je dois dire qu’il a plutot bien commencé son exposé avant de sombrer lentement mais sûrement dans une dérives fascisante et xénophobe, pour ne pas dire raciste:

    « Après avoir accueilli des centaines de familles syriennes, solidarité arabe oblige, voilà que notre pays est assailli par des contingents d’africains, nigériens et maliens majoritairement, qui ont élu domicile dans les rues d’Alger et dans le pays profond.  »

    « Les algériens, de manière générale, ont éprouvé beaucoup de compassion envers ces étrangers et donnent l’aumône non sans se poser quelques questions, disons-le, sur l’étrange facilité avec laquelle ces migrants d’Afrique ont pu arriver jusqu’Alger et partout dans les villes du pays.  »

    De toute évidence le journaliste ne se considère pas un africain lui-même.
    Lol, tout cela me fait penser avec Camus que l’Algérie n’est décidément pas un pays pour les étrangers… on sait le sort qui fut réservé à Mersault… 😉

  2. Je le dis publiquement, cette fille écrit bien. Très bien. Mots juste, courage impec, humour au vitriol. Félicitations, frangine. J’aime. Surtout cette partie: « Car, aujourd’hui, l’Algérie n’est autre qu’un sanctuaire clos abritant un grabataire sur quatre roues entouré de ses larbins qui se délectent de sa sénilité. « 

  3. Très belle article., très informative d’une autre réalité du pays de Boutef. Très dommage que des journalistes aient des plumes tachées de ségrégations, de racisme….

  4. Hey Linouze, je viens de découvrir l’existence de ton blog, et je viens de me taper, à une heure aussi tardive, tout tes articles d’un trait. T’en déduira que j’ai plutôt accroché. Je te suivrai attentivement désormais ! Biz’

  5. Et moi je salue bien bas cet article lucide qui va à contrecourant de la niaiserie en vigueur. Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. L’auteur ne s’en laisse pas compter sur la réalité de cette déferlante de dizaines de milliers de mendiants que les bien-pensants veulent à tout prix faire passer pour des réfugiés d’une guerre qui n’existe pas au Niger ni dans tout le Sahel où je n’ai pas non plus entendu parler de famine. D’ailleurs si le Haut Commissariat aux Réfugiés pour l’Algérie ne leur accorde pas le statut de réfugié, ce n’est pas pour des prunes. Ce statut les obligerait à se regrouper dans des camps à la frontière, ce qu’ils refusent sans vergogne, repoussant toutes les propositions du ministère de la solidarité puisque leur objectif est la mendicité, activité qu’ils exercent de génération en génération dans leur pays.
    Quant aux vrais réfugiés de guerre maliens, ils se sont arrêtés à la frontière, et sont peu nombreux du reste. Les mendiants que nous voyons se répandre dans tout le pays sont donc des imposteurs, et je trouve très étonnant de voir des Algériens se réjouir d’une pareille intrusion sans précédent dans l’histoire de notre pays. Ce n’est pas parce qu’ils sont noirs qu’ils ont tous les droits, nous ne les avons pas colonisés que je sache ni réduits en esclavage pour se sentir bourrés de culpabilité au point de leur offrir notre pays sur un plateau d’argent. Ce qui nous arrive, ça n’existe nulle part ailleurs dans le monde

    • Madame ou Monsieur,

      Permettez moi de vous répondre avec un peu de retard, mon compte a ommis de me faire parvenir ce commentaire …pourtant je tente tant bien que mal de l’entraîner à la liberté d’expression.

      Je ne peux que me contenter de voir que vous allez dans la continuité de l’article que je critiquais, ce qui me permet de critiquer vos propos également. La migration n’est pas un phénomène nouveau,et il ne se limite pas à un simple déplacement des anciens pays colonisés à leur maitre colonisateur. La famine, au Niger, au Sahel…vous dîtes que vous n’en avez pas entendu parler…mais allez donc dans ces pays et allez voir de vos propres yeux. Les migrants ne viennent pas forcément à cause d’une guerre, mais aussi pour des raisons économiques …et je vous apprends que le terme d’immigration économique existe! Même si vous estimez que ces « mendiants » sont des « imposteurs », ils sont de moins grands imposteurs que ceux qui vous gouvernent et vous font croire que l’Algérie est une puissance rayonnante qui n’a pas besoin de migrants. Vous entendez vous lorsque vous dîtes que ce n’est pas parce qu’ils sont noirs qu’ils ont tous les droits ? Sachez que la traite négrière, l’esclave et la colonisation ont été abolies depuis des années et que …devinez quoi ? Les noirs et blancs sont considérés comme égaux …c’est même l’Islam qui le dit. Ce qui « nous arrive ça n’existe nul part ailleurs dans le monde »…Eh bien si, cela arrive en Turquie, au Liban, aux Etats-Unis,en France …alors, avant de vous outrer de la présence de l’étranger noir dans votre pays si immaculé, occupez vous de retenir tous ceux qui sont prêts à mourir dans la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, ou de vous indigner quand vos frères Algériens s’entretuent à Ghardaia dans des batailles tribales !

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